Pourquoi sont-ils "BEAUX" ?

Par Eric-André Klauser

II y a belle fille et belle-fille, beau frère et beau-frère, beaux parents et beaux-parents. On peut être l'un sans être l'autre et vice-versa ! Un simple trait d'union différencie fondamentalement la signification de ces termes d'esthétique ou de parenté. Sans cet agent de liaison, on a affaire à un adjectif qualifiant un individu dont l'aspect extérieur plaît à l'oeil.
Qu'en est-il des syntagmes (mots composés) dans lesquels ce signe typographique est présent ? Ici, l'adjectif «beau» et ses variantes en genre et en nombre ont une valeur respectueuse et affective. Dans les deux cas, cet adjuvant sémantique remonte au latin «bellus» = joli, superbe, charmant, élégant, ravissant, mais aussi aimable, délicat, bon, distingué, noble.
Dans son Dictionnaire étymologique de la langue française (1938), Albert Dauzat observe que "les termes de parenté, beau-frère (1386), belle-soeur (1423), beau-père, belle-mère, beau-fils, belle-fille (XVe s.) et beaux-parents (XIXe s.), dans lesquels «beau» est un terme de respect et d'affection (anc. fr. «beau sire», «beau dous ami»...), ont éliminé les termes traditionnels d'origine latine à radicaux variés : «serorge» (lat. vulg. *«sororius, -ia»), beau-frère, belle-soeur; «suire» ou «suevre» (lat. «socer, -era»), père ou mère du mari ou de la femme; «fillâtre» (bas lat. «filiaster, -tra»), enfant d'un premier mariage; vers le XVIe s., «beau-père», «belle-mère» ont pris en outre le sens «second mari de la mère», «seconde femme du père», en éliminant «parâtre», disparu, et «marâtre», passé à un sens péjoratif; de nos jours, «belle-fille» a pris en outre le sens de «bru» et tend à l'éliminer; seul, «gendre» [beau-fils] a résisté."
Quant aux beaux-enfants, ce sont les enfants que l'un des conjoints a eus d'un mariage précédent (beaux-fils et/ou belles-filles). Les beaux-parents, eux, sont le père et la mère de l'autre conjoint, tandis que la belle-famille est celle du conjoint. Un beau-petit-fils et une belle-petite-fille sont les enfants d'un gendre (beau-fils) ou d'une bru (belle-fille).
Même la Bible, dans sa version synodale, utilise dans son acception sentimentale l'adjectif «beau». Ainsi l'Evangile selon saint Luc, au chapitre 12, versets 51-53 : "Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais plutôt la division. Car, désormais, s'il y a cinq personnes dans une maison, elles seront divisées, trois contre deux, et deux contre trois; le père contre le fils, et le fils contre le père; la mère contre la fille, et la fille contre la mère; la belle-mère contre la belle-fille, et la belle-fille contre la belle-mère."
 

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