Origine de la famille ROBERT

II convient tout d'abord de dire qu'il existe dans le canton de Neuchâtel trois familles non apparentées portant le nom de Robert. La première vient d'Auvernier, où elle est citée dès 1431. Elle acquiert au XVe siècle la bourgeoisie de Neuchâtel. Henri Marcel, né à Paris en 1881, artiste peintre, professeur au Technicum, est le membre le plus connu de cette lignée. Une deuxième tire son origine des Verrières; elle descend d'un certain Othenin, qui vivait au XVe siècle. Une branche se fixe à Orbe, une autre prend le nom de Robert-Prince.

En fait, nous traiterons ici d'une troisième famille, originaire du Locle, dont certaines branches deviendront bourgeoises des Planchettes, de La Chaux-de-Fonds, de La Ferrière BE, de Renan BE, des Ponts-de-Martel, de La Chaux-du-Milieu, de Brot, de Travers, de Noiraigue, de Sévery VD, etc. Pour cet article, nous devons beaucoup à M. Léon Montandon, qui, dans son étude sur la famille de Léopold Robert parue dans le "Musée Neuchâtelois" de 1935, a déjà bien défriché le terrain. Nous nous bornerons ici à préciser certains points ou à aborder un nouveau point de vue.

L'ancêtre commun à tous les Robert du Locle se nomme Nicolas. Il apparaît dans la reconnaissance de Rolet Bachie, qui décrit en 1401 toutes les possessions des habitants du Val-de-Ruz. Certains ressortissants de Fontaines possèdent alors des biens-fonds dans les Montagnes, qui jouxtent des terrains appartenant à notre Nicolas. Comme il s'agit de la seule mention de ce personnage, il nous semble qu'il vaille la peine de relever chacune de ces mentions, même si elles ne nous apprennent que fort peu de choses sur lui. Ainsi, il détient des terres qui jouxtent celles de Jeannin et de Perrod Tribollet au Mont Sagne (p. 374), sur le chemin de l'église (p.378), "ou Maukerto" (?), celles de Rolet Pollens à La Chaux-de-Fonds, au Commun (p. 379), au "Perreret" (p. 380), au Cudret, en la "Perriery" et sur le Perrier (p. 381). Nous laissons à tous ceux qui sont familiers de ces régions le soin de localiser ces terrains.

Nicolas meurt avant 1419, car nous voyons apparaître après cette date ses deux fils : Othenin et Jean. Nous ne possédons que très peu de renseignements sur eux : Nous savons qu'ils détiennent des terres à Montperreux et aux Éplatures (H 18, No 29, f. 29v, 59v et 64r). Jeannette, fille d'Othenin, possède des biens sous la Roche de Montperreux et contre "Mont Perroset" (H 18, No 29, f. 60r). En 1421, Us doivent au seigneur de Valangin un cens payable en argent : 7 sous 6 deniers en ce qui concerne Othenin, 9 sous 7 deniers et demi pour Jean et 5 sous 11 deniers et demi pour Jeannette (H 18, No 29, f. 47r).

Jean a un fils nommé Pierre. Celui-ci cultive aussi une certaine discrétion : on ne le voir apparaître que dans deux actes notariés, comme détenteur de biens sis aux Grands Prés (Machardet Uldry not, f, 195r, 4 septembre 1442) et à la "Foucingna" (Idem, f. 205v, 24 juin 1444). Ensuite, plus aucune mention jusqu'en 1464. Alors, un certain Pierre doit payer à son seigneur 5 émines d'avoine (H 18, No 10, No 91 v, 92v). Il s'en acquitte d'ailleurs régulièrement chaque année jusqu'en 1478. Le Pierre cité en 1442 et celui apparaissant en 1464 ne forment sans doute qu'une seule et même personne. Cependant, nous ne pouvons pas prouver cette assertion, qui, dans l'état actuel de la recherche, ne peut être qu'une hypothèse.

Pierre a un frère, Jean, qui, quant à lui, règle annuellement entre 1464 et 1477 une redevance de 2 émines d'avoine (H 18, No 10, f. 91v). Après son décès, on voit apparaître ses deux enfants, Humbert et Othenin. Ces deux frères se partagent le 13 avril 1493 une allée proche de leur maison, au quartier de Château Neuf, entre la route publique et le Tourneret. C'est sans doute là qu'est située la demeure ancestrale. Vous avez remarqué qu'en un siècle, la famille ne s'est guère agrandie; Nicolas ne compte que deux descendants mâles à la fin du XVe siècle. La lignée a pu ainsi éviter de coûteux partages successoraux et est sans doute assez riche. Aussi, les deux frères appartiennent-ils à la première liste des habitants du Locle qui acquièrent la bourgeoisie de Valangin, le 26 octobre 1502. Humbert a onze enfants connus, Othenin douze. On connaît le nom de 71 de leurs petits-enfants. La famille augmente donc considérablement après eux. Pour différencier les diverses branches de cette armada de Robert, il faut leur accoler un surnom.

L'aîné des fils d'Humbert, Pierre, est bien connu. Le 21 janvier 1522, il reçoit du seigneur de Valangin un domaine à défricher au Valanvron et le 21 octobre 1533 un lieu stérile ou râpe à proximité. Ses descendants resteront fidèles à ce quartier et, à la création de La Chaux-de-Fonds en 1656, deviendront pratiquement tous communiers de cette nouvelle commune. Pierre reçut, sans doute contre son gré, le surnom de Nicoud et est l'ancêtre des Robert-Nicoud.

Le deuxième fils d'Humbert, Othenin, exerce sans doute le métier de tisserand pendant les longs mois d'hiver. Aussi, est-il appelé le Tissot. Il s'agit de l'ancêtre de tous les Robert-Tissot Comme son frère Pierre, il est bénéficiaire de plusieurs acensements de la part des sires de Valangin. La plupart de ces terres à défricher sont situées à La Chaux-de-Fonds, au Valanvron et sur les Côtes du Doubs. Elle aussi, sa descendance restera sur place et sera après la création de la future cité horlogère originaire du Locle et de La Chaux-de-Fonds.
Un autre fils d'Humbert, Claude, fonde le 23 juillet 1534 un moulin et une rebatte à la Giette et le 28 août 1549 un autre moulin au Bas du Locle. Un de ses quinze enfants, Nicolas, hérite de ces installations industrielles. Appelé logiquement le Meunier, il est l'ancêtre de la famille Robert-Monnier, fixée au Locle, éteinte au XIXe siècle.

De Nicolas, autre fils d'Humbert, et de Guillauma Brandt, naissent dix enfants : Citons par exemple Laurent, tige des Robert-Laurent, famille du Locle qui ne s'est éteinte que récemment, Pierre, (appelé Grand-Pierre, car il avait un frère cadet prénommé lui-aussi Pierre), ancêtre éponyme des Robert-Grandpierre. Un autre fils de Nicolas, Jean (cité de 1563 à 1569), est le père d'un certain Jean, qui reçoit pour une raison inconnue le surnom de Charrue. De lui sont issus les Robert-Charrue. Fixés dans la Vallée des Ponts, cette famille devient aussi originaire des Ponts-de-Martel et de Brot.
Le nom de Robert avec tous ses dérivés est porté aujourd'hui par plusieurs milliers de personnes. En faire la généalogie est une gageure, un défi que j'essaie de relever, avec beaucoup de difficultés. Il est cependant frappant que ceux-ci descendent tous de deux frères qui vivaient en 1501, soit il a moins de 500 ans.
 
par Germain HAUSMANN

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