David Fallet (1735-1798)

(Travail présenté par M. Georges Fallet)
 
Monsieur Georges Fallet nous présente quelques personnages de sa famille qui par un côté ou un autre sortent de l'ordinaire. Nous commençons par David Fallet, dont nous avons déjà donné la généalogie plus haut, car il s'agit de l'ancêtre d'Auguste, objet de l'article précédent. L'ouvrage intitulé Biographies neuchâteloises 1, p. 323-326 consacre un article à cette personnalité, dont nous extrayons, en l'enrichissant de nos notes personnelles, ce qui suit.

David comprit, d'après les sages réflexions d'un père (David Fallet, 1689-1767) raisonnable qui le guidait, que les terres étaient trop fatiguées, qu'il fallait donc chercher les moyens de leur donner plus de repos et d'augmenter le fourrage, seule possibilité pour avoir plus d'engrais capable de faire produire à une moindre quantité de terrains. Après cette première réflexion générale, faite et démontrée à ses yeux par une observation particulière, il s'informe, il étudie, il consulte en particulier un agronome du Vignoble nommé Veluzat, qui avait amélioré sensiblement les terres de Saint-Biaise. Celui-ci lui indique que la marne pouvait le mieux répondre à ses vues. Il possédait justement une marnière depuis quelques années, il en avait déjà fait bénéficier une métairie aux Bugnenets, avec succès, mais il ne savait pas si les résultats étaient les mêmes en "plaine", à Dombresson.

II se décide enfin. Mais retenu par la crainte des moqueries s'il ne réussissait pas, il profite des ténèbres pour amener deux chariots de cette marne et la répandre en secret sur des terrains de diverses natures. Il attend en silence et avec inquiétude l'effet de cet essai. L'herbe s'épaissit, se renforce sur cette terre, et les informations que Fallet avait eu l'occasion de prendre en Haute Alsace achèvent de l'éclairer. Il se décide alors à secouer le joug des préjugés et de l'inertie. Il achète de tous côtés des terrains qui, grâce à ses soins, prennent de la valeur.

La marnière des Bugnenets est trop éloignée, il recourt à son oracle, fait venir Veluzat au Val-de-Ruz et se fait enseigner où se trouve la marne et à quel signe on reconnaît qu'un terrain en contient. Fallet cherche ainsi à acquérir les terrains susceptibles de contenir cet engrais. Justement, le terrain communal renfermait ce trésor. Il demande donc à la communauté de pouvoir l'ouvrir à ses frais, moyennant un bail d'un certain nombre d'années. Alors se déployèrent les petites passions qui existent dans toutes les sociétés : des gens paresseux cherchèrent à le décourager, les uns en lui présentant les risques qu'il courrait, les autres en se moquant de lui. Ceux qui avaient quelques craintes qu'il réussisse fondèrent leurs objections sur de mauvaises raisons. Les gens à préjugés et à routine s'opposaient à toute innovation pour simplement ne rien changer aux usages de leurs pères. Fallet pourtant obtint avec beaucoup de peine ce qu'il demandait. Il put délier successivement les entraves qu'on lui avait mises, et agir en toute liberté. Les notaires de l'époque relatent un grand nombre d'acquisition de sa part; en même temps, il revend d'autres champs où il n'avait sans doute pas trouvé de la marne, reventes qui lui permettaient d'avoir des liquidités pour poursuivre ailleurs ses investigations.

La marne répandue sur ses prairies développa avec plus de vigueur les germes de trèfles, d'esparcettes et augmentait la production de ces prairies artificielles. Plus les produits étaient considérables, plus ceux qui les cultivaient sentaient quelle perte leur occasionnait la vaine pâture et la jachère. En effet, une année sur trois, le bétail foulait leur culture, la faisait péricliter par leur passage. Fallet s'appuya sur cet inconvénient, représenta l'utilité de mettre le foin en grange pour augmenter les engrais, fît voir une économie de temps en mettant en culture les champs laissés auparavant en jachère. Ces raisons furent démonstratives et l'emportèrent enfin sur les objections faibles et ridicules qu'on essaya d'avancer contre lui.

Ainsi que le dit l'auteur de l'article des Biographies neuchâteloises, si Dom-bresson possède aujourd'hui des terres d'une excellente qualité, c'est à David Fallet que ce village en est redevable. Ce fut un homme marquant par sa capacité et son désir de faire des progrès à l'agriculture. Il aimait à faire des essais et des expériences. Aussi fut-il appelé le "Kleinjogg" neuchâtelois (du surnom de Jakob Gujer [1716-1785], Zurichois célèbre pour l'excellente tenue de sa ferme). Aujourd'hui totalement inconnu, il convenait de rappeler le souvenir de ce personnage, qui raconte bien ce qu'a été dans la deuxième partie du XVIIIe siècle l'élan physiocratique et quelles furent les résistances qu'il fallut combattre au niveau local pour améliorer les rendements de l'agriculture.

Ce combat ne fut pas vain, car il reçut en récompense une médaille de Sa Majesté le Roi de Prusse. Il s'agit sans doute  d'une des cinquante d'argent accordée par le souverain le 28 novembre 1786 aux membres du Conseil d'État, aux quatre bourgeoisies et à d'autres notables de la principauté.

Relevons enfin un point curieux à propos de sa mort. David est inhumé le 25 mars 1798. Selon une pieuse légende de famille dont Georges Fallet avait entendu parler et que l'on retrouve sur une note au fichier personnel des Archives de l'État de Neuchâtel, David serait mort de saisissement en son jardin de Dombresson en entendant tonner les canons français à Neuenegg. Le bruit des canons portaient alors très loin, sans doute. Rappelons que cette bataille eut lieu le 5 mars 1798, soit vingt jours avant l'ensevelissement de David, ce qui laisse le temps à une longue agonie.

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